Le médecin-directeur du Centre Hospitalier Biopharm fait l’objet d’attaques et de menaces de mort de la part des auteurs de viol, auxquels ses prestations auraient contribué à leur condamnation. Présentement en clandestinité, Dr. Christian Mapatano Bafuka interpelle les instances judiciaires provinciales pour garantir sa sécurité.
Le salut des vies et la soif de contribuer à la bonne administration de la justice en faveur de ses patientes, victimes d’abus sexuels, semblent lui avoir coûté sa paix et sa stabilité. Dans une lettre de dénonciation adressée par ses avocats à l’Auditeur Supérieur du Sud-Kivu, et dont une copie est parvenue à votre média, Dr. Christian Mapatano exprime ses craintes pour sa sécurité, au vu du nombre important de messages et d’appels téléphoniques menaçants qu’il reçoit de la part d’inconnus.
Selon cette communication, Dr. Mapatano a fréquemment fait l’objet de méfiance de la part des auteurs de violences sexuelles. Ses avocats précisent que, dans l’exercice de sa profession, il reçoit et soigne couramment des survivantes dans son établissement, ce qui fait de lui une référence pour la délivrance de rapports médicaux certifiant la commission d’un viol.
« Des réquisitions d’information lui étaient constamment adressées, soit par le parquet, soit par l’auditorat militaire. Les réponses ou rapports relatifs à ces réquisitions n’avaient pour objectif que d’éclairer la justice saisie de ces cas de violences sexuelles, afin que les victimes recouvrent leurs droits », mentionne la lettre datée du 20 juillet 2023.
Ainsi, poursuit la lettre, « les rapports produits par lui, comme l’exige la loi, constituent sans doute des preuves médico-légales sur lesquelles la conviction du juge était fondée et les auteurs de viol étaient condamnés ».
À cet effet, les avocats du médecin soutiennent que les menaces auxquelles fait face leur client sont vraisemblablement l’œuvre des bourreaux de ses patientes. Assoiffés de représailles contre le témoin le plus crédible de leur forfait, auraient-ils des raisons de s’en prendre à Dr. Christian Mapatano ? C’est en tout cas ce qui ressort de la substance de ladite lettre.
« Ces prévenus, auteurs de viol, sachant que c’est sur la base des éléments de preuves fournis par Dr. Mapatano Bafuka Christian qu’ils ont été condamnés, le menacent désormais de mort par des appels téléphoniques, mais aussi par des messages », dénonce le collectif de ses avocats.
Contraint de vivre loin de son domicile, Dr. Mapatano s’en remet aux hautes instances de la justice militaire pour assurer sa sécurité.
Dans cette correspondance adressée à l’Auditeur Supérieur du Sud-Kivu par l’entremise de ses avocats, le médecin-directeur de Biopharm tient à rappeler que sa protection incombe à cette juridiction.
« Les réquisitions auxquelles notre client répondait provenaient, entre autres, de l’institution dont vous avez le mérite d’être responsable, et de ce fait, vous avez la charge de sa protection », mentionnent les conseils de Dr. Mapatano Bafuka dans leur lettre.
Il convient de signaler que les acteurs impliqués dans des questions judiciaires sont souvent la cible des criminels en République Démocratique du Congo. En particulier dans le contexte de l’est du pays, où le viol est souvent associé à l’activisme des groupes armés, des médecins, avocats et psychologues témoignent avoir reçu des menaces de mort après que les juges se soient prononcés en faveur des survivantes qu’ils accompagnaient.
Le cas de Dr. Christian Mapatano est donc loin d’être isolé, et il nécessite une implication plus globale des instances de sécurité en faveur des acteurs concernés par ce genre de dossier.