Sud-Kivu : Purusi et Elakano, amis devenus ennemis


Plus rien ne semble fonctionner entre Jean-Jacques Purusi, gouverneur de la province du Sud-Kivu, et son vice-gouverneur Jean-Jacques Elakano.

Alors qu’ils donnaient l’impression de collaborer étroitement depuis leur prise de fonctions, les deux autorités ne s’entendent plus, notamment sur les questions financières au sein de la province.

Contexte

Après la chute de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, tombé aux mains de l’AFC/M23, le ministre national de l’Intérieur a autorisé le transfert de l’administration provinciale à Uvira, ville encore contrôlée par les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC).

Réfugié au Burundi, le vice-gouverneur Jean-Jacques Elakano a traversé la frontière avec quelques membres du gouvernement pour s’installer à Uvira.

Pendant ce temps, le gouverneur Jean-Jacques Purusi s’était rendu à Kinshasa. Selon plusieurs dépêches de sa cellule de communication, il y poursuivrait des démarches en faveur du développement du Sud-Kivu. Depuis lors, Elakano assure l’intérim à Uvira, dans la partie de la province encore sous contrôle du gouvernement central.

Des tensions révélées au grand jour

Alors que les deux responsables continuaient d’afficher un semblant de cohésion, leurs correspondances rendues publiques début mai révèlent une profonde discorde.

Dans l’une d’elles, signée par Elakano en sa qualité de gouverneur ad interim, on peut lire : « Nous rassurons l’opinion publique que les relations entre le gouverneur et son vice-gouverneur sont au beau fixe ».

Mais les contenus des lettres échangées contredisent clairement cette déclaration.

Souhaitant remettre de l’ordre dans le secteur minier, Purusi a adressé des instructions aux chefs de bureaux territoriaux, leur demandant de ne plus utiliser les imprimés de valeur en circulation, estimant qu’ils avaient été produits à son insu.

Les points de désaccord

Dans sa missive, Jean-Jacques Purusi affirme que ces documents ne portent pas la signature du ministre provincial en charge des mines, le professeur Bitijula. Il les qualifie de « moyens sournois de détourner les recettes de la province et de violer la législation minière en vigueur ». Il ordonne que seuls les imprimés signés par le ministre provincial soient désormais utilisés.

Des documents validés par le conseil des ministres à Uvira

En réponse, le cabinet d’Elakano rappelle que le gouvernement provincial provisoire est légalement installé à Uvira depuis le 25 février 2025, et considère Purusi comme étant en mission à Kinshasa.

Il précise que les imprimés de valeur contestés ont été validés lors du conseil des ministres tenu le 25 mars 2025 à Uvira. Cette décision aurait été prise en raison du fait que les anciens imprimés étaient utilisés par l’administration de l’AFC/M23.

Un nouveau compte bancaire a même été ouvert à la CADECO Uvira pour sécuriser les recettes générées.

Le cabinet d’Elakano affirme par ailleurs ne jamais avoir reçu officiellement la lettre signée par Purusi, déclarant :

« Ce document, bien que prétendant contenir des instructions officielles, ne porte aucune référence du cabinet du gouverneur et n’a jamais été enregistré par le service courrier du gouvernorat à Uvira. Il doit donc être considéré avec la plus grande réserve. » indique-t-il. 

Une rupture consommée

Ces échanges épistolaires jettent une lumière crue sur la tension persistante entre le gouverneur et son vice, longtemps camouflée derrière une façade d’unité.

Alors que le Sud-Kivu est partiellement contrôlé par le mouvement AFC/M23 et que des affrontements opposent chaque jour à Uvira les FARDC aux Wazalendo pourtant supposés combattre ensemble l’ennemi commun.

Cette crise au sommet de l’administration provinciale compromet sérieusement l’efficacité de la gouvernance.

Rédaction. 


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