Claudine Kitumaini : la rigueur, la foi et le courage au service des sans-voix

Kivu Info

Le 15 octobre 2025, dans une salle sobre où l’on sentait le poids des décisions importantes, une page s’est tournée dans l’histoire de La Prunelle RDC asbl. À l’issue d’un processus conduit par le Conseil d’Administration, Claudine Kitumaini Hamuli est officiellement désignée Directrice Exécutive. La notification est faite par Rachel Masoka Bulambo, Présidente du Conseil d’Administration.
Pour certains, c’est une nomination. Pour d’autres, c’est une évidence. « En réalité, elle dirigeait déjà », glisse un collaborateur. « Pas par le titre. Par l’exemple. »
Ce jour-là, l’initiatrice devient officiellement cheffe de l’Exécutif. Mais dans les couloirs, beaucoup savent que son autorité ne date pas de cette signature. Elle s’est construite dans la constance, dans le silence, dans le travail.
La devise de l’organisation : « La Voix des Jeunes, la Force des Femmes et des Minorités » n’est pas qu’un slogan pour elle. C’est une trajectoire.
Bien avant le bureau de direction, il y avait le terrain. Claudine est d’abord journaliste. Reporter de conviction. Diplômée en sciences économiques, formée en journalisme, elle apprend le métier au sein du journal « Le Souverain Libre », sous le mentorat de feu Solange Lusiku.
Là, elle découvre que le journalisme n’est pas une quête de visibilité, mais un engagement moral. À Bukavu, son nom circule dans les salles d’audience. On la voit à Kalehe, Kabare, Walungu. Elle couvre les procès liés aux violations graves des droits humains, y compris ceux qualifiés de crimes contre l’humanité.
Lors d’un procès sensible impliquant un chef pygmée condamné en première instance, elle est la seule journaliste présente jusqu’au verdict final qui aboutira à sa relaxation.
« Là où d’autres hésitent, elle reste », témoigne un confrère. « Elle observe. Elle prend des notes. Elle documente jusqu’au bout. » Avec la caméra et le micro, ce n’est pas une posture. C’est une conviction.
« Pour elle, informer, c’est une question d’amour », confie une collègue. « Amour de la vérité. Amour de la justice. Amour des voix qu’on n’écoute jamais. »
2017 : bâtir dans l’incertitude
En 2017, alors que le climat politique est tendu en RDC à la fin du second mandat constitutionnel de Joseph Kabila, elle participe à la création de La Prunelle RDC asbl avec plusieurs collègues.
À l’époque, le numérique n’est pas une évidence. Radios et télévisions dominent le paysage. L’idée d’un média en ligne paraît risquée. Mais Claudine y croit.
« Elle voyait déjà loin », se souvient Abdallah Mapenzi. « Quand on pensait que c’était impossible, elle disait toujours : “Innovons !” Elle transforme les obstacles en opportunités. »
Malgré son statut de membre fondatrice, elle refuse de se retirer dans un bureau. Entre 2018 et 2024, elle est partout : tournage, montage, rédaction, correction, supervision.
« Une dame brave, déterminée, compréhensive, simple et très intelligente. Stricte dans le travail mais très humaine aussi. Elle a cette partie femme, maman, cheffe et amie. » décrit Vinciane Ntabala.
Les pressions politiques existent. Les tentatives d’influence aussi. Elle décline. « Être différent même en pleine crise », répète-t-elle souvent.
Pour elle, les médias doivent « informer, éveiller, remuer le couteau dans la plaie surtout autour de la gouvernance ».
De l’ombre à la direction
En 2022, le Conseil d’Administration lui confie un nouveau défi : Directrice Administrative et Financière. Elle accepte, sans quitter le terrain. Puis arrive octobre 2025. Elle devient Directrice Exécutive.
Aujourd’hui, elle coordonne plus de trente collaborateurs répartis dans les deux Kivu, au Maniema, en Ituri, à Kinshasa et dans l’ancien Katanga.
Suzanne Baleke observe : « Madame Claudine est rigoureuse, soucieuse d’apprendre et de faire évoluer ses collègues. Elle est humble et persévérante. Elle n’abandonne jamais ses rêves. »
« Cheffe exigeante mais juste. Toujours là pour aider un collègue en difficulté. Elle nous répète : “Innovons !” Claudine incarne la résilience congolaise. Une leader qui élève toute une génération. » explique son collègue Abdallah Mapenzi.
Trésor Wilondja évoque sa boussole morale : « Elle dit souvent : “Dieu n’aime pas l’injustice.” Ce n’est pas qu’un slogan. C’est son principe de vie. Même ferme dans ses décisions, elle reste humaine. Pour elle, l’autorité signifie responsabilité et justice. »
Défendre les femmes, défendre l’avenir
Son engagement dépasse le journalisme. Inspirée par Solange Lusiku, elle poursuit le combat pour les droits des femmes.
Égalité. Autonomisation. Lutte contre les violences basées sur le genre. Mise en œuvre des résolutions 1325 et 2250 sur Femmes, Jeunes, Paix et Sécurité.
Mais son engagement pour la santé sexuelle et reproductive est encore plus personnel.
« Chaque fille, chaque enfant doit apprendre ouvertement et faire des choix », affirme-t-elle.
« Les tabous autour des droits reproductifs et sexuels doivent s’arrêter. Plus les filles sont informées, plus elles font des choix éclairés. Plus on en parle aux jeunes garçons, plus on limite les violences et les dégâts. »
Brigitte Furaha perçoit cette dimension protectrice : « Claudine Kitumaini, c’est une dame à plusieurs casquettes. Elle dirige en tant que directrice, mais aussi en tant que maman. Elle nous conseille comme un parent et nous oriente comme une cheffe. Le respect d’autrui, elle l’incarne. »
Mariée et mère de six enfants, Claudine conjugue responsabilités familiales et leadership institutionnel avec cohérence.
Rigoureuse mais humaine. Sévère mais juste. Exigeante mais bienveillante.
« Elle ne demande jamais ce qu’elle n’est pas prête à faire elle-même », confie un membre de l’équipe.
Elle relit les articles tard le soir. Elle vérifie les détails. Elle encourage les jeunes reporters. Elle corrige, mais elle élève.
Dans une province marquée par les conflits et les pressions politiques, elle choisit la droiture. Dans un environnement médiatique fragile, elle choisit l’éthique. Dans une société où les femmes doivent souvent prouver davantage, elle choisit la compétence.
À Bukavu et au-delà, son parcours est un symbole discret : celui d’une femme qui n’a jamais cherché le pouvoir, mais qui a accepté la responsabilité. Et derrière son calme apparent, une conviction demeure : La justice finit toujours par triompher lorsque l’on refuse l’injustice.

Rédaction.


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