La première édition officielle du “Mukwege Day” a été célébrée ce mardi 3 mars dans la ville de Bukavu. Cette journée rend hommage au Dr Denis Mukwege, figure mondiale de la lutte pour la paix, la justice et la dignité humaine.

Les cérémonies se sont tenues dans la grande salle de la Fondation Panzi, en présence de survivantes, de membres de la communauté et de professionnels impliqués dans la prise en charge des violences sexuelles. Dans une atmosphère à la fois solennelle et culturelle, témoignages et interventions ont mis en lumière un parcours exceptionnel, celui d’un homme reconnu pour transformer la détresse en espoir.
Mukwege, le scientifique au-delà du médecin
Parmi les intervenants, le professeur Alumeti Munyali Désiré, enseignant d’universités, a rappelé que le Dr Mukwege n’est pas seulement un médecin engagé, mais aussi un scientifique accompli.
« Pour nous, scientifiques, Mukwege est un grand scientifique », a-t-il insisté, regrettant que le grand public ne retienne souvent que le chirurgien obstétricien ou le militant des droits humains.
De son côté Roger Buhendwa, du projet Badilika, a souligné que les nombreux prix décernés au Dr Mukwege constituent une reconnaissance internationale d’un combat de longue haleine.
Selon lui, ces distinctions ne sont pas destinées à rester dans des vitrines, mais à servir d’outils puissants de plaidoyer à l’échelle mondiale.
« Le docteur Mukwege a été le premier à parler des minerais du sang, le porte-voix numéro un pour dénoncer le sang contenu dans nos téléphones portables. Partout où il passe, il évoque ce triangle macabre où les armes légères circulent facilement parce que l’on y exploite des matières premières. »
Un médecin congolais devenu icône mondiale des droits humains

Depuis plus d’un quart de siècle, Denis Mukwege s’est imposé sur la scène internationale comme une figure emblématique de la lutte pour le respect des droits humains, avec un engagement particulier en faveur des droits des femmes et des personnes vulnérables.
L’Hôpital de Panzi, un modèle pionnier de prise en charge holistique
Médecin de formation, il initie en 1999 l’Hôpital de Panzi, un établissement médical spécialisé offrant une prise en charge holistique aux survivantes des violences sexuelles. Cette structure, dont la renommée dépasse largement les frontières de la République démocratique du Congo, propose des soins médicaux spécialisés ainsi qu’un accompagnement psychologique adapté à cette catégorie spécifique de patientes.
Afin de compléter ce dispositif thérapeutique et de garantir une restauration intégrale des survivantes, le Dr Denis Mukwege crée en 2008 la Fondation Panzi. Cette organisation assure un compagnement juridique et judiciaire aux victimes de violences sexuelles, tout en développant des programmes de réinsertion socio-économique destinés à favoriser un retour digne et sécurisé au sein de leurs communautés.
Au-delà de la dimension médicale, le Dr Denis Mukwege est également reconnu pour son plaidoyer constant en faveur de la paix et de la justice en République démocratique du Congo et à l’échelle mondiale. Il milite activement pour l’instauration d’un processus de justice transitionnelle en RDC, mettant un accent particulier sur l’application des recommandations du Rapport Mapping.
Le Rapport Mapping, une mémoire des crimes encore sans justice
Ce rapport, élaboré par le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, documente 617 violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises en RDC entre mars 1993 et juin 2003. Malgré de nombreux appels — notamment ceux du Dr Denis Mukwege et d’autres défenseurs des droits humains — ce rapport demeure largement inappliqué, et les auteurs présumés des crimes qui y sont répertoriés n’ont, à ce jour, fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire significative.
Des distinctions internationales à la hauteur de son engagement
Pour son engagement exceptionnel en faveur de la paix, de la justice et de la dignité humaine, Denis Mukwege a reçu plusieurs distinctions internationales majeures. En 2008, il se voit décerner le Prix des droits de l’homme des Nations unies, suivi en 2014 du Prix Sakharov du Parlement européen. En 2018, il reçoit le prestigieux Prix Nobel de la paix, conjointement avec la militante yézidie Nadia Murad.
Le “Mukwege Day”, vers une reconnaissance officielle internationale

Fort de cette reconnaissance mondiale, de nombreux admirateurs et soutiens de « l’homme qui répare les femmes » plaident pour la reconnaissance du 1er mars, date de sa naissance, comme journée commémorative dédiée à sa lutte pour la justice, la paix et la défense des droits humains.
Cette année, le Mukwege Day est commémoré de manière informelle pour la première fois, nourrissant l’espoir qu’il soit, à terme, officiellement reconnu et intégré au registre des journées internationales approuvées par les instances onusiennes.
Rédaction.